COLLIER MARSEILLAIS6

Pendant les vacances, on découvre une région, ou on retourne dans celle que l'on aime depuis l'enfance.... Une manière de faire revivre la nostalgie de notre enfance ou d'apprendre les secrets d'un nouvel endroit.... Par exemple, tout le monde connais les anciennes coiffes régionales, celles de Bretagne étant, bien sûr, les plus connues. Il y a aussi les plats régionaux que l'on savoure sur les lieux de vacances, une autre forme de découverte.... Plus rarement, on découvre les traditions d'une région concernant les bijoux; pourtant on admire tous les superbes boucles d'oreilles des Sablaises, les femmes des Sables d'Olonne ou le collier Marseillais. C'est de ce dernier dont je veux vous conter l'histoire aujourd'hui.

 

COLLIER MARSEILLAIS

 

Cette histoire remonte au XVIIIème siècle, dans une corporation de femmes vendant sur les marchés et que l'on appelait les "Partisanes". C'était des femmes revendant le poisson que leurs maris avaient pêché ou qu'elles avaient acheter à des pêcheurs à l'arrivée des bateaux dans le célèbre port de Marseille. On les voyait passer, un panier de poisson sous chaque bras et leur balance accrochée à la ceinture. Leur métier était dur et nécessitait des heures de travail pénible où elles appelaient le chaland de leur voix aux accents chantant. Il leur fallait vendre leur marchandise chaque jour pour faire vivre leur famille, se levant très tôt le matin et ne repartant qu'une fois le dernier poisson vendu à leur client. 

 

COLLIER MARSEILLAIS2

 

Quand la journée avait été bonne et que la recette dépassait le montant quotidien de la vente dépassait la dépense qu'elles devaient faire pour faire vivre le ménage, elles mettaient l'argent en trop dans une petite cagnotte et allaient voir le bijoutier pour acheter une perle en or, plus ou moins grosse suivant l'économie qu'elles avaient pu réalisée. L'or étant une valeur refuge à l'époque, c'était un capital qu'elles s'offraient ainsi. Une fois la perle acquise, elles l'enfilaient sur un fil de coton, la plus grosse au centre du collier et l'entourant de perles allant de la plus petite à la plus grosse, qu'elles portaient sur elle à chaque instant. Ainsi, au fil des ventes journalières, elles plaçaient leurs petites économies dans ces petites perles jusqu'à en faire un collier qui ornait chaque jour leur cou. Pourtant, elles avaient une hantise qui ne les quittait pas.... Le fil de coton était fragile pour ces perles et cassaient souvent, les obligeant sans cesse à ramasser ces petites perles d'or qui roulaient au sol, au risque d'en perdre et ainsi de perdre un peu de ce capital retraite si chèrement gagné....

 

COLLIER MARSEILLAIS3

 

Ayant connaissance de ce soucis, les bijoutiers eurent alors l'idée de créer des mailles en or pour permettre à ces femmes laborieuses de ne plus risquer de voir leurs perles se perdre si le fil de coton noir cassait.... C'est ainsi que petit à petit, le cou de ces Partisanes s'orna de collier en or composé de chaînettes reliant des perles à intervalle régulier.... Petit à petit, cette tradition contenue dans les halles et les marchés marseillais se répandit jusqu'à atteindre les bourgeois et les nobles. En effet, au XIXème siècle, la bourgeoisie reprit l'idée de ce collier en modifiant toutefois une chose importante, la façon d'ajouter ces petites perles d'or qui, tels de petits soleils, venaient orner le cou des femmes laborieuses des halles et des marchés.... Il devint alors de bon ton d'acheter une petite perle d'or à la naissance d'une fille et d'ajouter une perle à chacun de ses anniversaires jusqu'à ses seize ans.... Lors de son seizième anniversaire, la jeune fille recevait alors ce collier mesurant quarante cinq centimètres et comprenant dix-sept perles allant de cinq à dix millimètres de diamètres et tombant en chute, la perle la plus grosse au milieu du collier. 

 

COLLIER MARSEILLAIS4

 

Au fil du temps, la valeur de l'or diminua alors que le prix de la main-d'oeuvre augmenta, rendant ainsi l'acquisition du célèbre collier marseillais de plus en plus onéreux puisque le maillage arrivait à atteindre le prix des perles d'or. La tradition de la "liste de collier" chez le bijoutier devint de plus en plus rare pour arriver, dans les années soixante à l'acquisition, pour les seize ans d'une jeune fille, d'acheter ce célèbre collier tout fait. De même, le style du collier se mit à se transformer pour arriver à des styles de collier marseillais avec des perles de mêmes tailles, des perles n'étant plus en or mais en argent, en pierre ou en métal... On arrive même de nos jours à trouver des colliers marseillais à porter en bracelets.... Toute une gamme de bijoux que vous pouvez ainsi ramener de Marseille en souvenir de vos vacances et contenant la tradition de ces femmes que vous avez croisés sur les marchés et les halles de cette ville si particulière...

 

COLLIER MARSEILLAIS5

 

Voilà la jolie tradition du collier marseillais, un magnifique collier fin que j'ai eu personnellement l'occasion de me voir offrir par la femme du meilleur ami de mon père lors de ma communion et que je ne me lasse pas de regarder avec nostalgie.... Ce collier qui symbolisait tant la valeur du travail de ces Partisanes qui gagnaient si durement leur vie dans les halles et les marchés de cette belle ville à l'accent chantant.... Une dernière chose à propos de ce bijou si typique, il servait de signe de reconnaissance quand les femmes de Marseille se retrouvaient hors de cette ville.... Quand je regarde ce collier, je me demande si ce n'est pas lui qui lentement m'a poussé à vouloir moi aussi devenir artisane et ainsi, faire comme ces Partisanes et, moi aussi, travailler sur les marchés... Une manière de leur rendre hommage en me souvenant de cette superbe tradition...